Des millions de lettres, chiffres, phrases.

Je n'entends plus rien, puisque tout le monde parle en même temps. Et plus personne n'écoute.

Les mots sont inutiles quand chacun n'est concerné que par sa propre parole.
Revendication, informations, dialogue, débats, SMS, tweets, mails, « Aimez-moi ! » exigent ceux qui n'aiment plus.

Écoute-moi, valide-moi, je t'écouterais plus tard.

L'air ne se respire plus, il est saturé de paroles orphelines, de discours abandonnés par leurs parents.

Nous abandonnons au monde nos mots, car nous avons oublié à quoi ils servent.

Nous avons oublié qu'ils ont une vie propre. Qu'une phrase bien tournée peut changer le monde.

Nous pensons que, comme tout le reste, les mots sont là pour notre confort.

Ils sont là aussi pour nous troubler, nous désespérer, nous interroger.

Nous créer et nous détruire.

Mais nous préférons hurler seuls dans notre coin, pestant contre ce monde qui ne nous écoute pas.

Mais nous n'écoutons pas non plus.

Nous sommes loin d'être muets.

Mais nous sommes tous sourds.

Je voudrais qu'on m'écoute. Je promets de t'écouter si ce que tu as à dire recèle un trésor inconnu de moi. Je promets de t'entendre si ta douleur est trop forte.

Si tu m'écoute en retour.

Mais...

Nous sommes loin d'être muets.

Mais nous sommes tous sourds.
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